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Lis ce texte de Paul Berna extrait
du livre Le Cheval sans Tête puis
réponds aux questions en-dessous.
Le cheval
sans tête.
La bande à Gaby
était réunie tout en haut de la rue des Petits-Pauvres,
devant la maison de Fernand Douin. L'un après l'autre,
les dix gosses enfourchaient le cheval-sans-tête et se
laissaient glisser à toute allure jusqu'au chemin de la
Vache Noire, où se terminait la descente. Là, le
cavalier sautait à terre et remontait vivement la pente
en remorquant sa monture, car les amis attendaient leur
tour avec impatience.
Depuis le jour où Marion, la fille aux chiens, avait
renversé le vieux monsieur Gédéon en traversant la rue
Cécile, on postait le petit Bonbon au carrefour pour
arrêter les passants ou signaler l'approche d'un
véhicule. Le cheval dévalait toute la rue des Petits-Pauvres
sur ses trois roues de fer en faisant un bruit terrible.
C'était délicieux. L'appréhension du carrefour et de
ses dangers rendait la course plus grisante encore, et il
y avait, à la fin de la descente, cette brusque
remontée qui prenait le cheval en plein élan et le
jetait sur le talus du Clos Pecqueux, devant l'horizon
des champs nus et gris.
Pendant deux secondes, le cavalier avait l'impression de
s'envoler en plein ciel. S'il négligeait de freiner avec
ses talons, il passait d'un trait par-dessus l'encolure
pour atterrir brutalement sur les fesses, ce qui ajoutait
une petite dose d'imprévu à chaque descente. Les gosses
appelaient ça, "faire un arrivée en vol plané".
A chaque coup, le cheval basculait sur le talus et ses
flancs creux sonnaient lugubrement contre les pierres. Il
en voyait de dures.
Ce cheval-sans-tête appartenait depuis un an à Fernand.
Un chiffonnier du Faubourg-Bacchus l'avait cédé à
monsieur Douin contre trois paquets de tabac gris, et
Fernand l'avait trouvé près de ses souliers le matin de
Noël. Pendant cinq minutes, il en était resté muet et
paralysé de ravissement. Pourtant, sur la mine, le
cheval-sans-tête n'avait rien d'affolant. Il était d'abord,
il avait toujours été sans tête. La ganache de carton
que lui avait fabriquée monsieur Douin n'avait pas tenu
deux jours; Marion l'avait fait sauter à sa première
descente en percutant à quarante à l'heure dans la
voiture de monsieur Mazurier, le marchand de charbon de
la rue Cécile. On l'avait laissée dans le ruisseau avec
les deux pattes de devant, qui avaient également
souffert du choc. Les pattes de derrière avaient été
brisées net au cours d'une tentative téméraire dans l'étroit
tunnel du chemin de Ponceau. La queue, inutile d'en
parler, il n'y en avait jamais eu. Restait le corps, qui
était celui d'un cheval gris pommelé au vernis
écaillé, avec une petite selle marron peinte sur le
dessus. Bien entendu, le chiffonnier avait livré le
tricycle sans pédales et sans chaîne; mais on ne peut
pas tout avoir, et, tel qu'il était, ce cheval à trois
roues filait comme un zèbre sur le macadam en pente de
la rue des Petits-Pauvres.
Les jaloux de la cité Ferrand prétendaient que ce
cheval réduit à sa plus simple expression pouvait être
aussi bien bourricot ou goret, ou plutôt un goret que n'importe
quoi, que les cow-boys de la rue des Petits-Pauvres
avaient tort de faire ainsi les malins sur un cochon-sans-tête,
qu'ils s'y casseraient la leur un jour ou l'autre et que
ce serait bien fait pour eux. Il faut reconnaître que
dans les débuts le dressage du cheval-sans-tête avait
été assez pénible. Fernand s'était à moitié démoli
un genou contre la palissade de l'entrepôt César-Aravant,
Marion avait laissé deux dents dans le tunnel du Ponceau.
Ca fait mal. Mais le genou s'était guéri en trois jours
et les dents avaient repoussé en quinze. Le cheval
roulait toujours et roulait bien, comme il est convenable
de l'imaginer dans un patelin de banlieue où tous les
hommes valides ont pour occupation de faire rouler les
trains.
Enfin, c'était grâce au cheval-sans-tête que Fernand
avait pu faire entrer son amie la fille aux chiens dans
la bande à Gaby, la plus fermée des associations
secrètes de Louvigny-Triage. A la suite de pourparlers
laborieux, il avait été convenu que la bande se
servirait du cheval à raison d'une séance par jour et
de deux descentes par tête à chaque séance, ceci en
vue de ménager la résistance de l'engin. Même à ce
train réduit, on avait prévu que le cheval-sans-tête n'irait
pas loin, tout au plus jusqu'à Pâques. Mais il avait
tenu le coup malgré des télescopages effrayants, et il
vous descendait la rue des Petits-Pauvres à tombeau
ouvert. Gaby, qui accomplissait tout le parcours sans
freiner, avait abaissé le record à trente-cinq secondes.
La pratique de ce sport exclusif et farouche n'avait fait
que resserrer la grande solidarité qui unissait les
membres du clan. A dessein, Gaby en avait limité le
nombre permanent et n'acceptait personne au-dessus de
douze ans, parce que, affirmait-il, "on devient
bête comme ses pieds à partir de douze ans. Et heureux
encore quand ça ne dure pas toute la vie!" L'ennuyeux,
c'est que Gaby lui-même était menacé par la limite d'âge;
aussi méditait-il en secret de la relever à quatorze
ans pour bénéficier d'un petit sursis.
Tatave, le grand frère du petit Bonbon, venait de
prendre le départ devant ses camarades goguenards.
"Vu son poids, on ne devrait lui permettre qu'une
seule descente, dit Marion à Fernand. Un de ces quatres
matins, ton cheval va s'aplatir sous ce gros lard et nous
le verrons remonter avec les roues toutes brisées."
Cinquante mètres plus bas, le petit Bonbon surveillait
le fond de la rue Cécile; il balança les deux bras pour
signaler que la voie était libre. Tatave passa devant
lui comme un bolide, la tête basse, cramponné au guidon
rouillé du cheval-sans-tête.
"Il est gros et lourd, mais il ne fera jamais mieux
que Gaby, dit Juan-l'Espagnol en haussant les épaules.
Et puis Tatave a la frousse: il commence à freiner vingt
mètres avant la Vache Noire... Un jour, il faudrait le
lâcher dans la descente avec les deux quilles attachées
sous le guidon."
Plus loin, la rue des Petits-Pauvres décrivait une
longue courbe qui dérobait ses lointains aux
observateurs. On attendit. Pas longtemps. Un grand fracas
de verre brisé monta soudain du fond de la rue, suivi
aussitôt par des cris perçants, une bordée de jurons
et la sèche détonation d'une paire de claques.
"Et vlan! Tatave a percuté, gronda Gaby en serrant
les mâchoires. Même à califourchon sur un traversin,
cet enflé trouverait le moyen de défoncer quelque chose!
- Allons voir, proposa Fernand qui se faisait du souci
pour le cheval-sans-tête.
- Zidore et Mélanie sont restés en bas, dit Marion. Ils
se débrouilleront pour le tirer de là sans nous..."
Gaby regarda machinalement autour de lui: outre la fille
aux chiens, Fernand et Juan-l'Espagnol, il y avait là
Berthe Gédéon et Criquet Lariqué, le petit négro du
Faubourg-Bacchus.
"Descendons toujours jusqu'à la rue Cécile, dit-il.
On ne peut pas les laisser seuls; il y a peut-être du
dégât..."
En arrivant au carrefour, ils virent les uns et les
autres qui débouchaient lentement du virage, sous le
triste ciel de décembre. Zidore Loche traînait par le
guidon le malheureux cheval-sans-tête qui ne roulait
plus que sur deux roues. Tout rouge d'émotion, Tatave
marchait à côté de lui en boîtant un peu; il portait
la troisième roue, la roue avant. Amélie Babin, l'infirmière
de la bande, fermait la marche en riant silencieusement,
la bouche fendue jusqu'aux oreilles; de temps en temps,
elle se retournait pour inspecter le fond de la rue des
Petits-Pauvres, où quelqu'un s'époumonait d'une voix
chevrotante.
"Avec sa manie de freiner au mauvais moment, ça
devait forcément lui arriver un jour! cria Zidore en
approchant. Le vieux père Zigon remontait de la
nationale avec sa poussette de bouteilles. Tatave sortait
du virage à ce moment-là. Moi, je ne bronche pas: il
avait largement le temps de passer. Penses-tu! voilà mon
Tatave qui freine à bloc avec ses deux pattes et rran!
il rentre en plein dans la poussette!"
Mélie jubilait. Sa figure maigriote était serrée par
un fichu noir qui plaquait sa frange blonde bien peignée.
"Tatave a fait un de ces vols planés, il fallait
voir ça! ajouta-t-elle. Il est passé comme un obus par-dessus
les barbelés du Clos..."
Questions de
compréhension.
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question, coche une seule réponse. Attention! une
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